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Délices d'Orient - Ma nouvelle parue dans Le Courrier de Genève

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Avant on m’appelait Samson Ebanga, mais ça, c’était avant. À présent, j’exige qu’on m’appelle Le traditionaliste. Voilà mon nouveau nom. Je le revendique. Je vous préviens, mesdames et messieurs les journalistes, je n’ai plus ma langue dans la poche. Désormais, je parle. Je suis donc devenu un traditionaliste. Oui, je sais que nous sommes dans une époque où on célèbre le mélange, mais permettez-moi vous dire que ce sont des foutaises. Parce que les pays faibles comme les nôtres seront toujours les grands perdants de l’histoire. Alors, qu’ils s’enfoncent leur modernisme-là dans leurs sales trous du cul et meurent de constipation. On ne va quand même pas se laisser essorer comme des serpillères, en plus avec le sourire ! Franchement, seule la tradition peut nous sauver de la décadence. Je vous le dis droit dans les yeux : la première chose à faire est de chasser les Chinois d’ici. Oui oui ! Les Camerounais chez eux, les Chinois chez eux. Oui, fini les passe-droits, les concessions, les m...

Liberté, j’appelle ton nom

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1472. Un bateau portugais remonta les eaux du fleuve. Comme par hasard (mais il y a-t-il vraiment de hasard ?) c’était la saison des mbeatoe . Ils sortaient en nombre des profondeurs de la mangrove pour remonter le fleuve, sautillant à la surface des eaux. Pour les riverains, ils étaient une bénédiction. Une source de joie. D’effusion. Mbeatoe é ! On célèbre le prodige de la vie. L’éternel retour. On célèbre aussi le mets sacré. Le message. La promesse. Ainsi est né dans une langue autre le nom du pays. Ô vous qui racontez les histoires, n’oubliez jamais que le nom du pays, le pays, est synonyme de bonheur, de communion avec les ancêtres et surtout de promesse. Le Cameroun est une promesse. Mais, il faut se dire la vérité en face. Car, seule la vérité est bonne pour celui qui veut transformer son existence, c’est-à-dire la conduire au cœur de son accomplissement. Comme le métal est purifié par le feu. L’esprit est purifié par la vérité. Nous avons perdu notre guerre d’indépendance alo...

La Suisse est-elle contre la liberté ?

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Oui, la Suisse est un pays neutre. Oui, la Suisse respecte le droit de tous et de chacun de manifester, d’exprimer son opinion, raison pour laquelle elle a autorisé le 29 juin une manifestation pro-Biya devant l’hôtel Intercontinental à Genève et une autre de la dissidence camerounaise à la Place des nations située à quelques encablures. Oui, la Suisse est neutre. Je le sais. Moi qui vis dans ce pays depuis plus d’une dizaine d’années, je le sais très bien. La Suisse est neutre. Cette sentence est si souvent répétée qu’elle est devenue un dogme. Pourtant, oui, pourtant, ce dogme mérite d’être questionné.   La neutralité n’est pas une valeur en soi La neutralité n’est pas une valeur en soi mais une position stratégique. La Suisse a adopté cette attitude pour s’octroyer une marge de manœuvre par rapport à la puissance américaine et l’ex-URSS. Elle s’offre ainsi la possibilité, sur des points stratégiques non essentiels, de suivre son propre chemin. Elle se fonde sur une valeur ...

Chacun suit son couloir

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S’il y a une expression qui m’a toujours surprise chez les Camerounais c’est bien celle là : chacun suit son couloir ! Elle est brandie en règle générale pour affirmer, revendiquer la liberté de tout un chacun de choisir son camp. Choisir son camp. Cela est possible à deux conditions : d’une part qu’on soit libre et d’autre part que les camps soient constitués par la réflexion d’hommes libres. Le simple fait que le problème se pose en tyrannie apporte ici la réponse, une réponse cinglante, sans appel. En tyrannie il n’y a pas de liberté donc il n’y a pas de camp. Ce que dit cette expression, que l’on vous balance souvent avec une légèreté qui frise l’indécence, c’est moins la situation de liberté que de survie. Mais, accordons-leur le bénéfice du doute. Cette expression m’a toujours paru étrange, inquiétante, et je me suis toujours demandé ce qu’elle disait des Camerounais. Comme on le sait, les expressions populaires nous trahissent toujours, révèlent des aspects de notre personnalité...

Black Lives Matter: après les marches, on fait quoi?

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La pandémie de Covid-19 a révélé de profondes disparités dans l’accès aux soins de santé. Aux Etats-Unis, une mortalité plus que proportionnelle a frappé les Noirs. En France, malgré l’absence de statistiques, le département de la Seine-Saint-Denis, qui abrite une forte population noire, a été l’un des plus touchés. En Suisse, la misère sociale des travailleurs précaires, parmi lesquels des Noirs, a éclaté au grand jour. Cette vulnérabilité accrue a attisé un sentiment d’injustice chez les Noirs occupant bien souvent des emplois exposés à la contamination. C’est dans ce contexte qu’intervient le meurtre de George Floyd par la police de Minneapolis, entraînant une vague d’indignation mondiale qui a marqué de la plus belle des manières la sortie du confinement. La Suisse n’est pas en reste. On a marché à Neuchâtel, à Zurich, à Berne, à Lausanne, à Genève, en scandant: «Black Lives Matter!» La vie des Noirs compte. On s’est ému que chez nous aussi de jeunes Noirs meurent entre les mains d...

La crise ambazonienne au Cameroun: archéologie de la violence d’état

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L’état colonial français a profondément influencé la doctrine et le fonctionnement de l’état camerounais. Puisque la relation entre la France et le Cameroun ne s’est pas brusquement interrompue en 1960. Au contraire, l’élite camerounaise, formée en France, va perpétuer la vision coloniale de l’état, convaincue d’œuvrer pour la cohésion du pays. Pour comprendre la violence qui se déploie à l’heure actuelle en Ambazonie, il faut remonter aux origines de l’état camerounais.  La répression par nature Le projet colonial était une vaste entreprise de pillage au profit d’une minorité. L’état colonial était donc répressif par nature. Cette caractéristique est reprise telle qu’elle par l’état camerounais. En inscrivant son action dans le registre de la répression, il laisse à ses ressortissants le choix entre la soumission et l’exil. L’individu court en permanence le risque d’être dépossédé de son corps, qui peut être soit emprisonné soit assassiné.  La tribalisation de la société ...

DJ Arafat le premier héros postmoderne d'Afrique Francophone

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La vie mais surtout la mort de DJ Arafat nous apprend que l’Afrique francophone est installée dans la société du spectacle. La musique est devenue un pur divertissement. Bientôt, ce sera le tour de la littérature, de la politique, et pourquoi pas de la guerre ?   La société du spectacle   La colonie qui deviendra plus tard un état est un produit du capitalisme. L’irruption de la marchandise européenne au 16e siècle a profondément modifié les nations africaines. À l’heure où les centres commerciaux, les super et hypermarchés, véritables cathédrales de la consommation, ouvrent un peu partout en Afrique francophone, que les foyers sont connectés au monde à travers leurs écrans de télévision, d’ordinateur ou de téléphone portable, que les consciences, perméables au marketing y voient globalement les signes du progrès et la promesse du bien-être généralisé, les conditions d’émergence de la société du spectacle sont réunies. L’une des caractéristiques de notre consommateu...

Retour au Palenqué à Genève

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La poésie n’est pas seulement une affaire de mots, elle engage aussi le corps. Le corps qui déclame, le corps qui reçoit. Les mots du poète ont donc une résonnance non seulement affective sur le récepteur, mais aussi sur son corps. C’est dans le but de restituer cette expérience sensible que Timba BEMA et Deborah CHEVALIER se sont associés.  Le poème de Timba BEMA, Les seins de l’amante , est un poème du corps. Il postule que l’individu doit s’approprier son propre corps pour être libre. Le corps en effet est occupé par une histoire, qui le mine.  La performance vise à montrer comment le corps se libère des pesanteurs qui le minent. Sur des déclamations et des chants de Timba BEMA, Deborah CHEVALIER  Dans le but de favoriser la promotion de la poésie, le spectacle est ouvert au public. L’entrée est libre et gratuite.  . Ecouter Les seins de l'amante   ICI Découvrir l' Espace Palanqué   ICI

Cendres et Mémoires / Ashes and Memories

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Le magazine Actualitté couvre la sortie de l'anthologie poétique Cendres et Mémoires / Ashes and Memories sur le soulèvement anglophone au Cameroun.  Rappelons  que cette anthologie bilingue en français et anglais est censurée au Cameroun. Extrait: Comment le Cameroun, jadis connu comme un îlot de paix, est-il devenu un pays en guerre ? C’est par cette question que nous voulons introduire les poèmes du présent recueil, des poèmes déchirés entre les larmes et le sang. Nous sommes chaque jour frappés par la quantité d’informations et de contre-informations qui circulent à travers notre pays, sur notre pays… Dans ce mélange de vérités et de contre-vérités, l’on se retrouve, par moments, pantois devant l’oubli qui accompagne notre indignation. Dans notre pays, une nouvelle langue a rompu le contrat avec l’anglais et le français, cette langue est celle du silence terrifié que nous avons désormais hissé au rang de langue officielle. Le rêve de l’écrivain, dans notre pays, a...

Kadhafi Game Over (Une nouvelle inédite)

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Genève, 30 octobre 2018 Je rencontrai cette femme au dernier bal de la Croix-Rouge à l’Espace Hippomène, une de ces soirées mondaines auxquelles on se rend plus par obligation que par conviction, sinon pour se montrer et avoir le sentiment enivrant de son importance. Un hasard du protocole voulut que nous soyons assis l’un à côté de l’autre, entourés de six couples qui partageaient une forte connivence. N’étant pas tous les deux de ce milieu, nous étions en quelque sorte contraints de faire connaissance. Avant de lui adresser la parole, je fus subjugué par son regard intense que crachaient ses yeux de jais. Sa chevelure longue et ténébreuse était négligemment recouverte d’un voile, et ses doigts effilés signalaient une habitude au confort. – Timba Bema, écrivain, me présentai-je – Fatima Ben Saïd  [1] , ex-amazone de Mouammar Kadhafi Je sursautai en entendant le nom du raïs. Comme africain, je savais qui il était et surtout le combat qu’il avait mené pour l’...