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Petits arrangements avec le réel (2/5)

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L’ombre au tableau  : Mais écoutez-le déblatérer ! Mais écoutez-le donc bruiter sérieusement du gosier ! Une ombre ? Il dit avoir vu une ombre ! Aveugle va ! Je ne suis pas une ombre mais l’ombre ! L’ombre, c’est moi ! Le premier homme - Donc comme ça tu vois une ombre au tableau ? Le dernier homme – Que oui, c’est grave Docteur ? Le premier homme - Non non non ! Non non non ! Maintenant tourne-toi encore un peu ! Vois-tu les moutons ? Le dernier homme – Que oui, je vois cinq ou six moutons qui broutent quelque chose qui ressemble à une ombre ! Que oui, les moutons broutent l’ombre ! La grande ombre ! J’en suis à peu près sûr ! D’ailleurs cela me rappelle qu’une heure exactement avant de croiser ta route j’ai lu dans un morceau de presse qui se trouvait dans le caniveau que là-bas au nord, au grand nord, dans un petit village du nom de Alagarno, un mouton, peut-être comme l’un ...

Petits arrangements avec le réel (1/5)

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Le premier homme - Et n’est-ce pas ! Et comme ça ! Et ainsi de suite et tutti quanti ! Bref que tu te refuses à la chose ! Que tu fermes les yeux ! Que tu ne veux pas voir ! De tes yeux ! N’est-ce pas ? Le dernier homme - Oh mais toi alors tu me fais chier ! Laisse-moi passer ma route tranquille ! Le premier homme - A qui le dis-tu ! Voilà ta route tracée courbe devant toi ! Tu n’as qu’à la prendre et t’en aller ! Allez va t’en ! Cours dans la nuit d’où tu te refuses, je dis bien, te refuses de sortir ! Cours dans le vent et avec le vent et déploie tes ailes pour t’envoler loin, loin de moi ! Le dernier homme - Donc comme ça tu veux que tu partes ? Le premier homme - Tu l’as dis toi même ! Le premier, si cela t’a déjà échappé ! Le dernier homme -Et toi, que veux-tu ? Que je reste ou que je parte ? Le premier homme - Fais comme bon te se...

Une voix dans la brume, qui entend son oreille! (1/X)

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Je m'appelle Jérémie Tchakounté, je suis en 2011, c'est l'année de mes 18 ans, c'est-à-dire que désormais je peux répondre de mes actes devant la justice et jouir des quelques droits que la loi accorde aux adultes dont celui de voter, de choisir parmi des concurrents affamés de pouvoir celui qui va détenir le pouvoir dans le périmètre de son cerveau et l'exercer comme on l'entend souvent pour le bien de tous et de chacun, même de ceux qui ont opposé une farouche résistance à son accession au trône suprême en ne votant pas pour lui, ce qui vous en conviendrez est chose bien étrange puisque si les partis existent et guerroient les uns contre les autres dans la conquête et dans la conservation du pouvoir, les vainqueurs devraient se servir, se goinfrer la panse sans le moindre remord, la moindre contraction à l'estomac, aussi je ne comprends pas ce miracle-là qui se produit dans le moi du nouveau venu, faisant de lui un suprême juste et bon pour tous, y comp...

Comment préserver sa vision du monde des influences extérieures? in Micro-fantaisies I

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Wassily Kandinsky, Cercles dans le cercle, 1923 Hier soir je retrouvais avec un certain plaisir mon bon ami Simplice dans un restaurant indien de la cité de Genève où nous avons mangé en entrée une salade de concombres au yaourt, en plat du Curry de veau pour lui et du poulet Tandoori pour moi, et en dessert nous avons tous les deux fondu sur le Gulab Jaman. Comme à notre habitude on se lança tout de suite dans des débats impossibles, et au bout d'une heure à peu près d'un échange ponctué d'arguments et de contre-arguments mon bon ami m'annonçait gaillardement qu'il avait pris une importante décision. Laquelle ? m'empressai-je de le questionner. J'ai décidé, jeta t-il, peinard, de ne plus jamais regarder la télévision. D'ailleurs, fanfaronna t-il, j'ai balancé mon poste à la décharge ce matin car figure toi que même l'idée de le vendre m'indisposait. Pourquoi l'as-tu fait ? m'hasardai-je. Afin que ma vision du monde ne soit plu...

Le salon du livre in Micro-fantaisies I

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© Mike Stilkey Parfois les salons du livre ont du bon ! Non pas à cause des remontrances à peine voilées que l'on y adresse à tout bout de champ au pauvre salariat à cause de son incurable fainéantise à s'élever au-dessus de sa triste condition quand bien même on lui en donne les moyens au travers des livres, mais à cause des croisements improbables, pour ne surtout pas écrire rencontres car on n'y rencontre pas vraiment les gens, que l'on peut y faire, notamment celles avec les écrivains. Avant de continuer je souhaite clarifier une chose : Je déteste ce type de manifestations... Par nature je déteste les manifestions dont le but est de glorifier quelque chose ou quelqu'un. D'ailleurs je m'y rendu à ce salon du livre un peu contre ma volonté, contraint en quelque sorte par mon ami Simplice qui voulait se faire dédicacer le dernier roman de l'auteur dont il sera ici question. Bref, Simplice obtient quelques mots sur la page de son roman prévue à c...

Dernières nouvelles du front d’une catastrophe imminente (5)

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Le pont japonais, Monet Le 29 septembre 2011 – C’est un Jeudi – Il est 06h35 – On est à Douala - Dans une section du pont à la courbe suspendue – Je suis un envoyé du tout-puissant, de créateur de toute chose, de l’unique dans l’enchaînement des siècles. Dans ma nuit, il m’est apparu dans le rêve et de sa main de feu s’est posée sur mon épaule. Il m’a dit je suis ton créateur et tu es ma création et je te parlerai et tu feras ce que je te dirai. J’ai créé ce monde pour parfaire la création mais quelle n’est pas ma peine de voir comment vous le conduisez à sa perte. Alors, il est temps de faire peau neuve ou place nette, si tu veux. Ceci est un de mes   vieux tours. Beaucoup de signes en témoignent encore. Quand le monde a atteint un haut degré d’avilissement je lui envoie des guerres et des catastrophes pour le renouveler. Et à présent il est temps de détruire ce monde corrompu. Tu seras mon bras. Je serai avec toi et tu n’auras rien à craindre. D’aucuns diront de toi q...

Dernières nouvelles du front d’une catastrophe imminente (4)

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Le procès, Orson Welles, 1962 Mercredi 30 Novembre 2011 – Aéroport de ce qui s’appelle la banlieue de Yaoundé – Un homme descendait de l’avion qui le ramenait ici après une semaine à Bordeaux où il avait participé en qualité d’expert à un colloque international sur les droits de l’homme en Afrique. Il avait le pas lourd. Sans doute la fatigue. Car il était resté assis sans rien faire durant six heures. Et comme resté assis des heures sans rien faire n’était pas dans ses habitudes. Il était fatigué ; il se sentait fatigué. Le siège de l’avion non plus ne lui avait arrangé son affaire. Quoique de première classe, le siège, il n’avait pas le confort insouciant d’un mauvais lit. Alors il était fatigué ; alors il se sentait fatigué. En conséquence son pas était lourd. Lourdeur à laquelle venait s’ajouter celle du temps. Déjà englué de mélasse malgré l’heure précoce. Il se disait bien comme ça qu’il devait encore dormir. Quelques heures encore. Toutefois, il devait d’abord ...