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Avec un nom en guise de boussole

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L'enfant de la rue - 30X40 - Corlag 2008 On ne l’avait jamais appelé par son nom. D’ailleurs personne ne connaissait son nom. Le vrai. Celui qui en temps normal aurait dû lui être attribué par un père aimant et une mère aimante dans le but de lui signifier : tu es notre prolongement et notre limite. Tout ce qui avait trait à son origine s’était perdu dans la nébulosité propre aux origines. Et on peut même dire que celle qui l’avait expulsé de son ventre avant de le déposer délicatement emballé de papier journal dans la benne à ordures ne connaissait pas non plus son nom puisque par son geste que certains qualifièrent d’inhumain elle montrait ainsi que cette chose qui avait enflé son ventre pendant neuf mois ne faisait pas partie de son existence et n’en ferait jamais partie à l’image de ces nombreux déplaisirs que l’on souffre durant un court laps de temps avant de les enfouir dans nos profondeurs vertigineuses au point de ne même plus en être effleuré quand vient l...

Une chambre à soi

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En ce temps-là on vivait sans le besoin de s’isoler du monde. Aussi on n’avait pas « sa » chambre à soi dans « sa » maison à soi dans « sa » propriété à soi où la volonté pouvait cavaler à travers les champs noirs et incommensurables à sa guise, mais on partageait avec tous les autres membres de la famille un espace circulaire rectangulaire carré appelé « case » où, couché le soir sur son matelas d’écorce, en attente du sommeil, l’obscurité et le bruit aidants, il arrivait qu’on pût s’imaginer un lieu intime, un lieu à soi et le désigner « sa » chambre. Pour avoir la jouissance de ce lieu à soi, encore fallait-il que la case qui était sensée en favoriser l’émergence résistât aux attaques des bêtes féroces et aux intempéries, ce qui n’était toujours pas, malheureusement, le cas. Ainsi, après la vague migratoire des bêtes et la saison des pluies il fallait reconstruire la  « case » sans quoi on voyait mourir la possibilit...

La fille et le marchand

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[1] Il y avait, une fois, la ville, de Paris.   [2] Le marchand y vivait, la fille aussi : ils étaient, voisins : et entre eux, il y avait quelque chose que nous nous hasarderons à désigner du nom de "amour" pour donner au lecteur une vague idée de son contenu ( le puriste, qui croit que tout ce qui est, est déjà nommé, est nommable, pourra remplacer dans la suite de ce, récit le mot "amour" par celui de "*****" sinon un autre de sa convenance) .   [3] On ne connait rien, de leurs âges respectifs.   [4] Avait-il quarante sept, elle seize?   [5] On n'en sait, ri en.   [6] S'appelait-il, Charles ou Henri et elle,  Marguerite?   [7] On n'en sait, rien.   [8] D'ailleurs ceci n'a plus la moindre importance, ici.   [9] Aussi, n'insisterons nous pas sur la désapprobation , certaine des gens de l'époque quant à cet " ***** " qui s'était installé entre deux sujet...

L'héritage in Micro-fantaisies I

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A l'âge où l'homme doit prendre femme, Ali Ben Ousman, fils unique de son père, Ousman Ben Mahdi, s'avança sous la tente de ce dernier et lui réclama son héritage. Une joie profonde s'empara du corps de Ousman Ben Mahdi qui le conduisit dans l'enclos aux bêtes. Là, Ousman Ben Mahdi leva son bâton de berger en plein milieu du troupeau et celui-ci se scinda en deux groupes égaux en nombre de têtes. Tout ce qui se trouve sur ma gauche, dit Ousman Ben Mahdi, est la moitié de ton héritage et tu peux en disposer dès à présent ; tout ce qui se trouve sur ma droite est le solde de ton héritage et il te reviendra de plein droit au jour de ma mort. Ali Ben Ousman fit ses adieux à Ousman Ben Mahdi : je vais paitre mon troupeau là où l'herbe est verte et grasse, là où l'eau ruisselle en abondance du ventre de la terre, et à l'occasion je prendrai la première des quatre femmes que m'autorise la religion ; un dicton de chez nous n'enseigne t-il pas que l...

Pour l'amour d'un homme

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Lucinda Ferrer est morte ce matin d'une attaque cardiaque après avoir gardé le lit soixante sept ans sans interruption. Voici son histoire. La veille de son mariage avec Gato Marciano elle se rendit à la boite aux lettres: il était neuf heures, selon les dires de la concierge avec qui elle échangea deux minutes sur la pluie et le beau temps. Elle retira une lettre qui lui était adressée: A Lucinda , était-il écrit sur le dos de l'enveloppe. Elle se coula un café et s'installa dans le fauteuil à bascule du salon où elle prit connaissance de la lettre qui tenait en une seule phrase que voici: il y a trois années de cela j'ai connu Gato Marciano et la veille de notre mariage il s'est évaporé sans donner la moindre explication . Elle regarda autour, considéra la lettre, en étudia l'écriture soigneuse et la lut de nouveau. Au fil des lectures la phrase commença à résonner indépendamment de son esprit. Je dois la montrer à Gato, lança t-elle pour con...

Sodome et Gomorrhe

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La route fut longue, très longue. Soit ! Je crois que désormais vous n'ignorez plus rien de ma passion des temps révolus. Une définition parmi d'autres de la passion : curiosité sans limite à l'égard d'un objet que l'on se plait à regarder sous tous les angles possibles. Certes, pourrait-on me rétorquer, l'exercice est aisé lorsque la passion est orientée sur un objet palpable, mais en de même lorsqu'elle se focalise sur de l'immatériel ? Je réponds : il n'y a pas stricto sensu de différence. Donc, la passion que je nourris (ou qui me nourrit ? Je me propose d'y répondre si on le veut bien une prochaine fois) vis-à-vis des temps révolus m'a conduit dans les quatre coins du monde à la rencontre des plus grands spécialistes parmi lesquels le regretté Professeur Rodney Tussore qui tenait la chaire d'Anthropologie de la School of Social Science de l'université d'Aberdeen en Écosse. Il venait d'achever la traduction d'...

Elle... au jardin des plantes in Micro-fantaisies I

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Le vent nonchalant roulait autour des manguiers nains du jardin des plantes, brassait les rameaux clairs des palmiers, retournait les feuilles géantes des aracées, déployait les ailes des perroquets et remontait jusqu’à la voûte, avant de retomber sur l’étang où se pâmaient les nénuphars. On était tout à fait transporté en un lieu qui s’apparentait au paradis exotique forgé dans notre imagination par les récits successifs des voyageurs et des aventuriers. D’un moment à l’autre on s’attendait à tomber nez à nez avec un tigre ou une panthère affamée de chair humaine. Mais, en lieu et place des fauves notre regard croisa une femme, que nous appellerons elle, à l’instant où elle posa son derrière sur un banc, avec le landau qui chargeait ses mains. A première vue elle faisait une halte. Bientôt, pouvait-on s’attendre, elle reprendrait des forces et bouclerait sa promenade. Seulement, en la regardant avec attention, elle donnait à voir autre chose qui s’apparentait à l’apathie des dieux....

Le joueur in Micro-fantaisies I

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Lors de son éloge funèbre un de ses proches déclara ceci à son égard : le joueur était un animal mortel doué de raison . Si vous aviez été présent à l'enterrement, à coup sûr vous auriez été frappé par cette déclaration, et peut-être même auriez vous objecté, non pas en public mais dans votre coeur : cette définition de l'homme proposée par Epíktêtos le Phrygien est applicable à tous les hommes de toutes les époques et de toutes les conditions et non spécifiquement au joueur. En cela vous auriez eu raison sur toute la ligne. Toutefois vous n'en seriez pas resté là de votre surprise. Le recours à un lieu commun pour qualifier l'existence du joueur vous aurait semblé incongru, puisque vous aviez entendu des choses sur les liens qui l'unissaient à l'orateur ; vous n'auriez pas non plus manqué de relever l'usage impropre, dans une même phrase, de l’auxiliaire être conjugué à l'imparfait et du qualificatif mortel . En cela vous auriez aussi eu ra...

Le sultan de Cadix in Micro-fantaisies I

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Lors de mes précédentes vacances d'été en Andalousie mon ami Ramon Perez de Ayala m'a conté l'histoire passionnante du sultan de Cadix dont je vais vous exposer un des épisodes les plus sombres. Le sultan était un souverain juste et bon. Il était aimé de son peuple qui comptait autant de chrétiens que de musulmans et autant de musulmans que de juifs. Un jour les sujets musulmans du sultan portèrent à son jugement une femme juive qu'ils accusaient d'avoir tué ses maris respectifs pendant la nuit de noce. Dix, au total. Juifs, musulmans et chrétiens. Dix hommes à qui cette femme juive avait ôté la vie par un moyen prétendument mystérieux, puisque ses victimes, aux dires des témoins oculaires, avaient l'air d'être simplement endormis. Le sultan accorda toute son attention au défilé des accusations, ensuite de quoi il demanda à la femme juive si elle reconnaissait les faits. Oui, mon bon sultan, tels furent les mots prononcés par l'accusée. Or, à l...

La traversée des âges in Micro-fantaisies I

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Les danseuses, celles qui dansaient, celles qui avaient dansé, étaient nonchalamment tombées les unes sur les autres, pas exactement comme des dominos, puisque dans le cas d'espèce, un expert en construction de dominos pourrait aussi bien le confirmer, la pièce de bois ou d'ivoire, certainement, en perte d'équilibre, tombe aux pieds de celle placée devant elle, et voit tomber sur ses pieds celle placée derrière elle, mais en aucun cas toutes les pièces d'un tableau ne sauraient tomber les unes sur les autres, or ce fut pourtant le cas de nos jeunes filles, celles qui dansaient, celles qui avaient dansé, frénétiques, alors que leur entrejambe pissait en jets silencieux le sang de leur innocence à jamais pendue, les danseuses étaient nonchalamment tombées les unes sur les autres, elles s'étaient trouvées à ras de terre, à hauteur du cadavre qui se trouvait couché là et que tout le monde feignait encore d'ignorer, elles étaient tombées, nonchalamment, les un...